Les villes sont bavardes ; nous ne parlons
pas ici des bruits de notre civilisation
contemporaine, mais de ce discours en
apparence figé dans la pierre
des façades ou le bronze des
statues. Il en résulte que la
ville qui donna son nom au vin porte
partout les signes de son activité
liée à la viticulture
et au négoce.

Hormis quelques traces aux XVIe et XVIIe
siècles, ce n'est véritablement
qu'au milieu du XVIIIe siècle
que Bordeaux s'affirme sur les édifices
comme la cité du négoce
du vin. D'abord, sur les monuments nés
de la volonté des intendants
Boucher et Tourny, les palais de la
douane et de la bourse, les portes d'Aquitaine
et Dijeaux, puis les riches habitants
emboîtent le pas : on remarque
des grappes de raisin sur les agrafes
des baies des immeubles et des figures
de Bacchus.

Même Monseigneur Rohan, archevêque
de Bordeaux fait représenter
des grappes sur les tableaux des baies
de son palais dans les années
1770.

La période la plus faste demeure
pourtant le XIXe siècle, et tout
particulièrement sa seconde moitié.
Il n'est pas de maison de négoce,
qui n'affiche sa raison sociale à
travers bas reliefs et rondes bosses.

On les remarque quartier des Chartrons
et sur les voies qui descendent vers
le port.

Les monuments publics rendent également
hommage à cette activité
essentielle à la ville, qu'il
s'agisse du Monument à la
mémoire des Girondins, de
la fontaine Art Nouveau de la place
Amédée Larrieu, des monuments
à Gaston Lafargue, écrivain
régionaliste, ou à Alexis
Millardet, scientifique "sauveur
du vignoble", au jardin public.

Désormais la référence
au vignoble semble devenue indispensable
sur les édifices municipaux,
nous la retrouvons à la Maison
Cantonale de la Bastide (1913-1926),
à la Bourse du Travail (1934).
Même si le graphisme change avec
les modes, les styles, nous reconnaissons
toujours nos pampres et masques de Bacchus
sur les façades.

Ainsi à chaque pas, le long des
rues, sur les places, la ville affirme
son lien au vignoble. Ce lien permanent
peut être symbolisé par
le bateau "Ville de Bordeaux"
qui promène Bordelais et touristes
sur "sa rivière", de
la ville aux vignobles, des vignobles
à la ville. Depuis 1990, il arbore,
en figure de proue, un sympathique Bacchus. |
Jean-Pierre
BERIAC
(extrait
de "Bordeaux, la ville au fil du
vin") |
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